Mes critiques de films à déguster sans satiété, quelques analyses cinématographiques plus approfondies, ainsi que d'autres gourmandises, littéraires, audio-visuelles et artistiques. Laissez vos commentaires, j'en suis friande! Merci à Vincent Mallié pour le dessin de mon avatar: http://www.vincentmallie.blogspot.com
Pamphlet sans concession, entre rage et humour, simple à suivre: il mord férocement et cherche à éveiller une prise de conscience. Ce documentaire dresse un portrait catastrophique des journalistes de premier plan à cause de leur relation de copinage avec grands industriels et grands financiers. On retrouve au milieu d'eux les politiques, suivant tout aussi docilement "les plus grands"... La plupart des médias ne sont alors que le reflet des intérêts des plus puissants. Les journalistes les plus en vus sont alors les chiens de garde de ces mêmes intérêts, les journalistes refusant de plier sont éloignés et oubliés. Les journalistes les plus dociles sont par contre complètement interchangeables entre les différents médias.
Ce documentaire a été réalisé d'après l'ouvrage de Serge Halimi (1997, réactualisé en 2005), lui-même s'appuyant sur celui de Paul Nizan, Les Chiens de garde (1932).
Une même idée parcourt ces différentes œuvres: une sorte de pensée unique ou de manuel du penser correct est construit par les plus puissants (dans notre société, par les plus riches) afin de promouvoir et de préserver leurs intérêts. Cette influence de l'opinion du citoyen est d'autant plus grave qu'elle utilise le pouvoir journalistique, censé éduquer et informer ceux qui sont appelés à exercer leur pouvoir démocratique, notamment en votant. C'est du moins ce que l'on attend des journalistes dans une démocratie idéale.
Peu distribué, ce film compte sur le bouche-à-oreille pour être vu. La fréquentation de la deuxième semaine a été supérieure à la première, nous ne pouvons que souhaiter que cela continue. Nous pouvons cependant regretter que cela risque de n'intéresser que les personnes déjà sensibilisées aux problèmes de la société, déjà engagées dans un parti de gauche ou d'extrême-gauche ou encore syndiquées. Ne faudrait-il pas élargir le public? Mais comment?
Vous avez jusqu'à mardi prochain pour visionner l'entretien entre Yannick Kergoat et Frédéric Taddeï sur France3, à partir d'1h22.
De nombreux débats sont organisés à la suite de la projection. Renseignez-vous auprès de vos cinémas d'art et d'essai et promenez-vous sur le site Les nouveaux chiens de garde. Ainsi, plongerez-vous dans le monde du journaliste lambda, cherchant à défendre ses idées et à modifier le système de l'intérieur, mais restant soumis aux grands décideurs...
Pour se renseigner sur la critiques des médias, retrouvez l'association Acrimed.
Bien entendu, il existe encore des médias indépendants. En presse écrite, nous trouvons le Canard enchaîné, l'Humanité, la Marseillaise, le Sarkophage, etc...
Prix du jury et Prix du public, Valenciennes 2011.
Réalisé par Gilles Balbastre, Yannick Kergoat, sorti le 11 janvier 2012.
Bonus: petit florilège de l'œuvre de Paul Nizan.
Je n'aime pas la Philosophie des écraseurs parce que je me suis senti écrasé: l'adaptation à l'écrasement me paraît bien moins un succès de je ne sais quel pouvoir intérieur de juger librement qu'une mutilation de la vie, les Chiens de garde.
J'avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie. Tout menace de ruine un jeune homme : l'amour, les idées, la perte de sa famille, l'entrée parmi les grandes personnes. Il est dur à apprendre sa partie dans le monde, Aden-Arabie.
Le voyage est une suite de disparitions irréparables, Aden-Arabie.