Mes critiques de films à déguster sans satiété, quelques analyses cinématographiques plus approfondies, ainsi que d'autres gourmandises, littéraires, audio-visuelles et artistiques. Laissez vos commentaires, j'en suis friande! Merci à Vincent Mallié pour le dessin de mon avatar: http://www.vincentmallie.blogspot.com
Ce film est assez brut; il mêle une certaine distance avec un passé plus ou moins lointain et une empathie complice pour une enfant complexe. On y est comme noyé dans une enfance où l'on n'a pas encore tout à fait les mots pour parler de soi et fasciné par l'aventure de Laure. Même en en connaissant la péripétie_ une petite fille se faisant passer pour un garçon auprès de ses nouveaux voisins, pendant les vacances d'été, où règne une certaine liberté, une vacance des règles et du cadrage des adultes_ on savoure le début du film qui nous présente la famille et notamment Laure à travers des clichés des genres. Laure, coupe garçonne, large T-shirt, apprend à conduire sur les genoux de son père, avant de retrouver sa petite sœur qui joue à la danseuse étoile, ses longs cheveux bouclés garnis de barrettes colorés, puis sa mère qui se réjouit avec sa grande fille, de la peinture réussie dans la chambre de cette dernière, une peinture bleue.
On imagine très bien le spectateur non prévenu s'imaginant que Laure est un petit garçon. La famille vient d'emménager pendant les vacances d'été et la petite fille va faire connaissance de ses voisins sous le nom de Mickaël. Ce n'est que le soir, au moment de sortir du bain, que la petite fille est appelée pour la première fois dans le film. Fugacement, sortant du bain, on est bien assuré que Mickaël est une fille, laquelle se regarde alors longuement dans le miroir, le visage et le torse, s'étudiant, s'entraînant aux mimiques observées chez les copains, pour parfaire son jeu.
On n'imagine pas une seconde que l'enfant agisse ainsi pour le simple jeu, la simple fraude, la simple bêtise de faire une bonne blague. Laure abandonne rarement sa bouille renfermée et grave. On sent le questionnement, la tension intérieure, la recherche.
Il y a beaucoup de pudeur dans ce film. La sincérité et la profondeur de Laure nous fascinent. La cinéaste filme sa petite actrice avec respect et tendresse: elle nous fait partager quelque chose, accéder à un ressenti difficilement accessible par un autre médium. Le film en lui-même manque encore peut-être de virtuosité mais le principal est là pour en faire un beau film.
On peut prendre ce film comme un témoignage à inclure dans le débat sur l'apprentissage des genres à l'école: dans le BO de septembre 2010 (programmes de SVT, page 6), le cours portant sur le Féminin/ Masculin sera l'occasion d’affirmer que si l’identité sexuelle et les rôles sexuels dans la société avec leurs stéréotypes appartiennent à la sphère publique, l’orientation sexuelle fait partie, elle, de la sphère privée. Les élèves devront être capables d'expliquer le déterminisme génétique et hormonal du sexe biologique, et de différencier ainsi identité et orientation sexuelles.
Il s'agit d'un apport théorique des sciences humaines, dans le champ des études de genre, très développé dans le monde anglo-saxon mais peu en France. Pour aller plus loin et vous faire votre opinion, voyez du côté de Judith Butler (très influencée par Foucault notamment, lui-même l'ayant été de Nietzsche... bref, beaucoup de cultures sont en réalité très concernées), Trouble dans le genre de 1990, et des associations catholiques.
Réalisé par Céline Sciamma, avec Zoé Héran, Malonn Lévana, Jeanne Disson, 20 avril 2011.