Mes critiques de films à déguster sans satiété, quelques analyses cinématographiques plus approfondies, ainsi que d'autres gourmandises, littéraires, audio-visuelles et artistiques. Laissez vos commentaires, j'en suis friande! Merci à Vincent Mallié pour le dessin de mon avatar: http://www.vincentmallie.blogspot.com
Avant de poursuivre l'analyse du film, j'aimerais réagir à certains commentaires désabusés de spectateurs que j'ai pu lire de çi de là.
Quitte à en surprendre certains, le cinéma est aussi un art et pas seulement un divertissement (je précise: un film peut être un divertissement sans être de l'art, mais l'art cinématographique n'est en rien opposé au divertissement, au contraire, c'est même bien plus divertissant à mon goût!) et le festival de Cannes tente de consacrer chaque année ce que l'on appelle une œuvre d'art. Sachant cela, pourquoi s'acharner à aller voir une Palme d'Or si ce type de cinéma ne nous convient pas? Ne payez votre place seulement si vous êtes un tant soit peu sensible au langage cinématographique, aux métaphores audio-visuelles (à l'art d'une façon générale)!
Il s'agit d'un long film, certes, mais soyez surs que tout est pensé, que chaque image, chaque détail, chaque son font sens, que rien n'est gratuit dans une création artistique (lire les exemples ci-dessous). Le début du film ne tient absolument pas du documentaire. Par une succession maîtrisée et magistrale, les images racontent une histoire qu'il s'agit de déchiffrer.
Sur ce point, précisons encore: les images de création du monde au début du film ne racontent pas que la création du monde. Pensez-vous vraiment qu'un réalisateur comme T. Malick se soit amusé à aligner des images côte à côte comme pour un devoir de CM1? Il forme au contraire une analogie saisissante entre toutes les expressions du vivant. C'est l'idée que tout est dans tout, que le monde forme une unité, que nous ne sommes différent ni de l'atome au fond de l'univers ni des dinosaures ayant vécu il y a des siècles. Il représente un océan où chaque vague exprime sa particularité tout en appartenant et en constituant ce même océan... (Image à la base de la plupart des spiritualités ou mystiques.)
L'art est un jeu de piste qui mêle esprit et émotions.
L'art et la culture sont également inséparables: le défaut de culture de certains spectateurs n'est pas une excuse pour injurier un film de T. Malick.
Soyez assurés que les clés du film tiennent dans les toutes premières minutes du film (voir l'article précédent et le suivant): c'est un film construit selon une logique précise et non pas selon un trip New Age...
Concernant Sean Penn, on le voit très peu, ce qui a déçu bon nombre de spectateurs car son nom est en haut de l'affiche. Mais c'est oublier que c'est lui que l'on entend en voix off, tout au long du film, et que son jeu (sa diction si vous préférez) est capital (voir l'article suivant).
Enfin, la fin du film n'évoque en rien une secte! Il s'agit de l'épisode biblique, connu depuis des siècles, de la résurrection des corps sur Terre dans la félicité et dans la grâce (mot clé du film). Les personnes qui entourent la mère, également à la fin du film, lorsqu'elle accepte la disparition de son fils, sont ... des anges (ils l'aident)! Il y a également un ange au début du film, juste avant la naissance de Jack: l'ange (une femme habillée de blanc) accompagne des petits enfants vers une rivière... C'est donc une représentation d'une vie avant la vie, de l'arrivée d'une âme dans un corps, le passage vers la vie.
Exemple de détails qui, mis bout à bout, font sens:
La lumière et l'obscurité rappelle la première image du film (lire l'article précédent) = l'enfant est donc en prise avec ses questionnements, ses ressentis et le mystère de la vie.
On aperçoit la femme de Jack au début: elle est brune, tout comme la camarade de classe dont il semble amoureux. La voisine est également une femme brune: on ne voit pas son visage, on a vu ses cheveux bruns, on voit ses pieds nus et ses jambes fines et gracieuses qu'elle passe sous le jet d'eau, eau dont vient profiter Jack, intrigué par le spectacle qui s'offre à lui. Ce sont donc deux émois constitutifs pour Jack dans sa construction du féminin.
Le lien entre la mère et la femme étrangère (pour que Jack puisse déplacer sa libido sur un être qui ne lui est pas interdit, de la mère à sa femme) se trouve dans la grâce avec laquelle sa mère et sa voisine aiment marcher pieds nus et jouer avec l'eau d'arrosage.
Le héros (ses questionnements mystiques et métaphysiques, son âme) + Rappel des images du début (la création du monde) = cela nous rappelle que l'univers, l'âme, la création font partie d'un même Tout (lire l'article précédent).
Proposition d'interprétations (image de la fin du film): le Dieu/ soleil et les âmes/ tournesols: nous formons un même tout.
En savoir plus: lire l'article précédent, l'article suivant et le site officiel.
Réalisé par Terrence Malick, avec Brad Pitt, Jessica Chastain, Sean Penn, Hunter McCracken..., 2011.
Palme d'Or 2011.