Mes critiques de films à déguster sans satiété, quelques analyses cinématographiques plus approfondies, ainsi que d'autres gourmandises, littéraires, audio-visuelles et artistiques. Laissez vos commentaires, j'en suis friande! Merci à Vincent Mallié pour le dessin de mon avatar: http://www.vincentmallie.blogspot.com
Edit du 28 février 2012, les récompenses, entre autres!
César de la meilleure actrice, du meilleur film et du meilleur réalisateur; oscar du meilleur film, oscar du meilleur acteur, meilleur réalisateur, meilleure musique, meilleurs costumes.
(Re)voir Jean Dujardin recevant son prix d'interprétation à Los Angeles:
Critique du 29 octobre 2011:
On l'attendait depuis Cannes et le Prix d’interprétation masculine au Festival décerné à Jean Dujardin! Les Américains aussi ont aimé le film: ils lui ont décerné le Hollywood Spotlight Award et le Hollywood Breakthrough Director le 24 octobre dernier et il représentera la France aux Oscars prochain (26 février 2012).
C'est un film bien tourné, bien joué, bien rythmé. Le pari était pourtant risqué: présenter un film muet, en noir et blanc, en format carré... face aux mastodontes en 3D, on n'aurait pas donné cher de sa peau! Il a néanmoins été propulsé en tête du box-office la semaine de sa sortie.
Notre Chouchou mérite sa récompense: tout au long du film il nous interprète sans faute note un large répertoire d'attitudes et d'émotions, toujours au travail mais sans jamais être excessif. Le film repose sur ses épaules: pensez-vous! 1h40 de muet, il faut bien que le film nous parle sans quoi nous décrocherions bien vite! Impossible de ne pas être saisi par son jeu lorsqu'il tourne un plan avec la charmante jeune femme, clé du film, et qu'il perd à chaque fois ses moyens, forcé de recommencer, perturbé mais fier et professionnel. Une des plus belles scènes!
Tout glisse dans ce film. Pas seulement notre Brice de Nice, magnifiquement accompagné par Bérénice Bejo, figurant la jeune génération montante, celle qui profite de l'arrivée du son au cinéma, mais aussi la mise en scène. Les multiples métaphores sont faciles à décoder car c'est à travers elles aussi que le film peut se raconter. Ainsi, lorsque le héros se retrouve seul et ruiné, il marche dans la rue et l'on peut lire derrière lui, sur la devanture d'un cinéma: "Lonely Star", la Star esseulée... Ou encore lorsque les deux héros, assistant sans se voir l'un l'autre dans la même salle de cinéma au symbole de leur séparation et de la chute de la star du muet, alors que notre héros se noie à l'écran dans des sables mouvants, délaissant son amie dans la jungle de la vie ou de la célébrité.
Ainsi, l'arrivée du son dans le milieu cinématographique est illustrée par l'irruption brutale du son dans le film, seule incartade à la forme choisie du film: cela désarçonne le spectateur tout autant que le héros qui dans le film amplifie cette désorientation. Ce bouleversement, aux allures de mauvais rêve, annonce parfaitement la chute prochaine de la star du cinéma muet, notre héros.
La filiation du muet au parlant est exprimé à travers le couple de George, la star du muet, et de Peppy, star du parlant. Alors que Peppy cherche à faire ses premiers pas dans le cinéma, George lui suggère une astuce pour se faire un nom, du moins un visage, tout de suite reconnaissable. Noir et blanc oblige, ces deux "couleurs" s'entrelacent de métaphores. Lorsque George perd ses prétentions, qu'il descend dans son costume sombre les escaliers de la maison de production, il rencontre Peppy qui, comme par hasard, monte les escaliers, monte vers son succès, dans une robe blanche, resplendissante, éblouissante. Les contrastes sont posés et leur jeu se poursuit tout au long du film et notamment à la fin.
Ayant recueilli George au plus mal, les mains bandés dû à un incendie, Peppy s'habille de noir et de blanc, montrant ainsi ses intentions. Mais lui découvre dans une pièce sombre tous les biens qu'il avait vendu lors de sa ruine et racheté par Peppy: ils sont tous recouverts de draps blancs, la couleur de Peppy, comme protégée par elle. Furieux, George dévoile tout, et fini, en sortant de chez son amie, par enlever ses bandages d'une blancheur immaculée, se libérant d'une emprise qu'il refuse.
L'astuce que George offre à Peppy au début du film pour rendre son visage aisément identifiable est de dessiner un grain de beauté au coin de la bouche: il la marque ainsi, de sa couleur, noire, tandis qu'il arbore une fine moustache, son signe particulier, son petit truc en plus, telle une alliance promise et entamée.
Bien entendu il y a bien d'autres métaphores: le chien ou encore la chute de l'artiste est par exemple souvent exprimée par des plans sur les chaussures, sur le sol etc... Le narcissisme du héros est aussi exploité par nombre de miroirs, le jeu sur son ombre et d'autres éclats d'orgueil.
M. Hazanavicius, le réalisateur, nous a ressorti un film drôle à l'image de ses deux OSS 117 mais plus parlant, comble du comble, grâce à ce film plus ambitieux.
Un bon moment!
Réalisé par M. Hazanavicius, avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo... 2011