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Mes critiques de films à déguster sans satiété, quelques analyses cinématographiques plus approfondies, ainsi que d'autres gourmandises, littéraires, audio-visuelles et artistiques. Laissez vos commentaires, j'en suis friande! Merci à Vincent Mallié pour le dessin de mon avatar: http://www.vincentmallie.blogspot.com

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Agora

http://images.allocine.fr/r_160_214/b_1_cfd7e1/medias/nmedia/18/70/32/36/19201260.jpg
Agora: ça prête à confusion... L'époque n'est pas grecque mais romaine. La ville n'est pas non plus grecque mais égyptienne. A priori on ne parle pas à l'agora mais à la bibliothèque, la fameuse, celle d'Alexandrie... Alors pourquoi ce titre?!

~Laissez moi le temps d'aller le voir au cinéma...~

Finalement, on parle bien à l'agora, on y parle un peu trop d'ailleurs! Vous savez, l'agora, c'était le centre ville, le lieu où se montrer et où aller pour être au courant des derniers potins. Y traînent notamment des marchands d'opinions... Cette fois, pour le malheur des savants, on y parle religion et chacun défend son dieu comme des supporters avant un match de foot ("mon dieu à moi me fait traverser le feu sans me faire rôtir", des arguments de haut vol quoi!). Seulement, à la moindre injure on sort sabres et coutelas, mieux vaut partager l'opinion générale sous peine de défoulements sanglants!

Bref, on retrouve dans ce film la sempiternelle rivalité entre opinion et science. D'un côté on a des Chrétiens qui préparent la longue période muselée en matière de connaissances scientifiques (suivez mon regard, Giordano Bruno brûlé pour des propos similaires à l'héroïne du film, Hypatie, philosophe et astronome), période où on a rabaissé les femmes jusqu'à finir par se demander si elles avaient une âme, période enfin où les chrétiens tuaient pour leur Dieu. Rien ne permettra de faire revenir en odeur de sainteté le christianisme dans la société actuelle. D'un autre côté, le ministre de l'Education Nationale peut se réjouir de voir une femme incarnée la passion scientifique, lui qui se plaint du manque d'effectif féminin dans ces filières. Néanmoins, le film ne s'appesantit pas sur les explications: si vous connaissez un peu la géométrie, l'astronomie ou l'histoire des sciences, tant mieux pour vous. Sinon on ne vous demande de ne retenir qu'une chose: les mouvements des objets célestes ne forment pas des cercles mais des ellipses. Au pire, vous vous contenterez de l'esthétisme de la scène lorsqu'entre deux flambeaux, Hypatie trace son ellipse avec un bâton et une ficelle.

Pourquoi un tel film, aujourd'hui?
Les Chrétiens s'opposent d'abord aux païens. Jusqu'ici on ne s'émeut pas trop. Puis ils s'en prennent aux Juifs. Bizarrement, ça pourrait se transposer à notre monde... Titillement confirmé lorsqu'une assemblée de gros bras tous habillés de noir, rend hommage à un martyr, un homme mort pour avoir défendu sa religion (en attaquant un représentant du pouvoir, soit dit en passant).

Cela reste beaucoup dans le conventionnel: les religions peuvent rendre fanatiques, la science est la seule opinion vraie, même si elle n'a pas d'effet concret immédiat, le tout dans une légère atmosphère d'apocalypse, propre à ces dernières années, avec la bibliothèque remplie des trésors de l'humanité accumulés au cours des siècles, pillée et brûlée.


Un bon film historique (les références sont-elles toutes exactes? Je n'ai pas vérifié) mais sans réel attachement pour les personnes ni pour leurs sentiments (quoique Rachel Weisz est présente tant bien que mal, avec beauté et délicatesse, et que le fougueux Max Minghella soit fort séduisant); un film qui n'a rien d'exceptionnel mais qui se laisse voir avec plaisir.


Agora, d'Alejandro Amenabar , 2010, avec Rachel Weisz, Max Minghella et Oscaar Isaac.

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J
<br /> Juste un commentaire au sujet de deux affirmations, à savoir : aujourd'hui, la religion a mauvaise presse ; et qu'il ne faut pas tomber dans l'excès inverse de prétendre que rien n'existe en dehors<br /> de la science.<br /> <br /> Etymologiquement, la religion est censée avoir deux rôles à tenir : 1) relier l'homme à Dieu, 2) relier les hommes entre eux. Les religions ont eu ceci de positif qu'elles ont permis<br /> l'établissement progressif d'une morale commune, un socle en quelque sorte sur lequel les sociétés ont pu s'appuyer pour développer des règles de vie en société, qui ont conduit à l'élaboration de<br /> lois. A mon sens, la morale qui sous-tend ces lois est celle qui nous permet de vivre en société (d'aucuns diront qu'une assemblée de diablotins vivraient en paix pourvu qu'ils soient intelligents,<br /> et que peu importe la morale, mais ce n'est pas mon opinion). La religion a donc effectivement été pendant longtemps ce qui reliait les hommes entre eux. Ce que je pense, c'est que maintenant que<br /> cette morale a été assimilée, il est temps que la religion reprenne sa fonction première: relier l'homme à Dieu. C'est-à-dire en toute intimité. Je ne suis pas contre la religion, mais contre le<br /> fait d'imposer ses propres croyances à autrui. Pour moi, la religion devrait être une affaire strictement privée.<br /> <br /> Les gens qui pensent du mal des religions en général ne sont pas forcément des personnes qui ont perdu leurs repères ou qui se déclarent totalement hermétiques à tout ce qui n'est pas raison,<br /> science, pensée : ce sont simplement des gens qui reconnaissent que le reste, à savoir la relation de l'homme à Dieu, le fait de croire en un ou plusieurs dieux, ou au contraire d'être athée, les<br /> choses métaphysiques, sont et devraient rester du domaine du privé. Ce sont des choses subjectives, en ce sens qu'on ne peut convaincre personne de leur véracité, et c'est pourquoi il semble plus<br /> facile de partager des croyances scientifiques (basées sur un raisonnement ou une expérimentation qui se veulent objectives) que des croyances religieuses. Discuter de Dieu a un sens, en revanche<br /> vouloir IMPOSER une vision de Dieu, de ce qu'il veut, de ce qu'il faut faire pour vivre en harmonie, de la vie, de l'au-delà, n'en a pas. Et c'est exactement ce que beaucoup de religions ont tenté<br /> de faire par le passé : imposer des dogmes, des croyances, des idées, et se débarrasser des fauteurs de trouble qui n'avaient pas suffisamment la foi pour balayer leurs doutes. La religion a<br /> mauvaise presse en France parce qu'on a mis longtemps à se libérer de son emprise, de son joug.<br /> <br /> Le film Agora rappelle simplement que dans une société, imposer par la force un courant de pensée est néfaste, et bien sûr, qu'il annihile toute liberté d'esprit. Le fait que cela nuise à la<br /> progression de la science, comme c'est montré dans le film, est à mon sens accessoire : ce qui est bien pire, c'est de devoir renoncer à ses convictions profondes, sur les choses comme sur les<br /> gens. Mais cette analyse aurait très bien pu s'appliquer à un autre système qu'une religion se propageant inexorablement au sein d'une société : le communisme et le lavage de cerveau qu'il a pu<br /> engendrer dans certains pays en est un autre exemple. Je pense que le réalisateur voulait simplement nous montrer qu'il faut rester vigilants dans une société, spécialement au moment où cette<br /> société est devenue la plus libre, parce que c'est aussi le moment où au nom de la tolérance, on risque de se laisser imposer des contraintes qui alièneront à terme notre liberté. La séparation de<br /> l'Eglise et de l'Etat a été durement conquise, elle va de pair avec une liberté de pensée et d'expression, sauvegardons-la.<br /> <br /> <br />
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D
<br /> Il me semble bien que nous avons vu le même film mais nous avons été plus sensibles à certains points plutôt qu'à d'autres. Nous exprimons aussi des idées semblables mais de façon différente. Tu<br /> commences d'ailleurs ton commentaire par la reprise de ma citation de Pascal!<br /> <br /> Pour te répondre, je crois que dans le film, le fait qu'il y ait d'un côté la science et de l'autre la religion, est justement le problème: où est la spiritualité? Ne faudrait-il pas plutôt<br /> proposer des vies, des histoires, dans lesquelles il n'y ait pas une lecture aussi simple de la science et de la religion? Ne serait-ce pas une meilleure façon de prévenir les fanatismes plutôt que<br /> de rester nous-mêmes dans des représentaions extrêmes?<br /> <br /> J'ai été déçue de voir encore une fois un schéma réducteur alors que je travaille depuis l'an dernier sur la façon de prendre en compte la complexité de l'homme dans la société. Peut-être est-ce<br /> parce que je baigne dans cette réflexion que mes propos ont été trop rapides et ont semé l'ambiguïté...<br /> <br /> Dans mes critiques, je ne cherche pas l'objectivité (ce que raconte juste le film), j'exprime les idées que cela a suscité en moi.<br /> <br /> Au plaisir!<br /> <br /> <br />
J
<br /> C'est un plaisir de discuter.<br /> <br /> Je me suis peut être mal exprimé. Je ne pense évidement pas qu'un croyant en une religion monothéiste soit forcément un fanatique! De nombreux croyants ont eu une vie exemplaire et on fait preuve<br /> d'une tolérance envers les autres religions.<br /> Comme tu le mentionnes l'empire musulman a connu un àge d'or, du IX eme au XII ème siècle, une époque à laquelle il était tolérant envers les autres religions. La ville de Bagdad accueillait des<br /> savants de toutes origines et confessions, et les habitants non musulmans des pays conquis n'étaient pas convertis et les chrétiens coptes égyptiens ont accueilli les musulmans en libérateurs.<br /> Cette tolérance se rapproche de celle de l'empire Romain.<br /> <br /> Ce qui me semble cependant c'est que le fanatisme et le prosélytisme forcené n'existent pas en dehors des religions monothéistes (détrompe moi si je fais erreur).<br /> Le changement observé dans le film n'est pas politique à mes yeux : il ne s'agit pas d'une conquête par l'extérieur, et l'empereur ne change même pas! Il s'agit d'un renversement intérieur du<br /> fonctionnement de la société, amené par le christianisme. C'est tout le contraire des conquêtes romaines ou musulmanes qui prenaient le pouvoir mais laissaient en place, et assimilaient, de<br /> nombreux aspects culturels.<br /> <br /> Il est communément admis que le monothéisme est un progrès de la pensée... dans les pays monothéistes. Pour ma part je ne crois pas qu'avoir un dieu unique permet de passer plus facilement à zéro<br /> dieu. Il me semble au contraire que les personnes de confession polythéiste (par exemple en Asie) sont plutôt détachées vis à vis de leur culte et ont peu d'obligations religieuses (pas de prières<br /> ou d'offices à heure fixe). Finalement mon opinion personnelle (largement contestable) est que c'est la multiplication des saints qui a permis l'assouplissement du christianisme, car ils<br /> apportaient des exemples de vie et d'opinion diversifiés, et étaient légitimés par leur statut semi-divin.<br /> <br /> Enfin, la religion fanatique ne s'oppose pas à la science mais à la liberté de pensée. Le fanatisme oblige à abdiquer sa religion propre (les juifs du film se convertissent), ou ses convictions<br /> (Oreste doit renier Hypatie), ou sa liberté d'expression (les femmes visées par le sermon du film). Cela même si plusieurs séquences du film sont consacrées à des histoires d'ellipses.<br /> <br /> <br />
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D
<br /> J'avoue que j'ai été un peu provocatrice sur la religion.<br /> <br /> Ton idée principale est très intéressante. Je ne pense pas partager toutes tes idées mais je suis contente de les connaitre!<br /> <br /> <br />
J
<br /> Contrairement à ce que tu dis, ce film n'est pas la sempiternelle tirade religion = fanatisme, juifs = martyrs, etc...<br /> <br /> Ce film est une étude du boulversement intellectuel apporté par le monothéisme. C'est à dire l'introduction d'un personnage unique, Dieu, qui dicte une vérité unique à travers un livre sacré, la<br /> Bible.<br /> Le monothéisme c'est la foi qui remplace la question. Le coeur du film c'est l'opposition entre ces certitudes et la recherche fébrile, hésitante, erratique de la vérité par la philosophe<br /> Hypatie.<br /> <br /> Peu à peu, la christianisme à perdu ce côté univoque. On a canonisé de nombreux saints, on a adressé ses prières à la vierge Marie, etc (sans oublier le germe initial de la Trinité). Cet<br /> assouplissement a permis un renouveau intellectuel,1200 ans plus tard, et le retour des philosophes et autres scientifiques.<br /> <br /> A ma connaissance, c'est le premier film grand public qui traite cette question. Et c'est je crois un apport intéressant aux débats actuels sur la religion.<br /> <br /> <br />
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D
<br /> <br /> Merci beaucoup pour ton commentaire qui nous permet d'échanger nos réflexions!<br /> <br /> Je précise tout d'abord que je n'ai pas dit juifs = martyrs et ce que je critique c'est justement la porte laissée grande ouverte pour conclure que religion = fanatisme. Cependant ta description<br /> du monothéisme n'est-elle pas proche de celle du fanatisme? La religion a mauvaise presse en France. Néanmoins, l'opposition entre religion et science me semble trop facile et caricature la<br /> complexité de l'être humain.<br /> <br /> <br /> <br /> Je pense que tu seras d'accord avec moi: le monothéisme est bien plus ancien que le siècle pendant lequel le film se déroule. Les bouleversements qu'il provoque ne sont que l'avancée d'un<br /> processus civilisationnel. Aussi me semble-t-il, que dans le film, il n'y a pas l'étude d'une transformation intellectuelle à proprement parler: la religion est vue à travers ses conséquences<br /> politiques, le bouleversement est avant sociétal avec, certes, en premier plan, destruction d'un héritage intellectuel. Néanmoins le monothéisme ne peut se réduire au muselage de la science<br /> (l'âge d'or musulman nous démontre le contraire). Par ailleurs, il est aussi pensé (Christianisme compris!) comme une avancée dans le domaine des idées: après avoir dépendu de plusieurs dieux,<br /> l'homme n'en a dépendu que d'un seul, avant de le tuer (« Dieu est mort »). Je ne pense pas que critiquer la religion de cette façon serve aux débats actuels ni à l'évolution<br /> de notre société. Il me semble que c'est plus complexe.<br /> <br /> <br /> <br /> Je crois que nous sommes au moins d'accord sur une chose: le cœur du film c'est l'opposition entre ce que j'ai appelé opinion et toi certitudes religieuses ("L'opinion pense mal ; elle<br /> ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances." Bachelard) et la recherche scientifique ("Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est construit." Bachelard aussi).<br /> <br /> <br />  <br /> <br /> <br /> Un de nos points de désaccord, c'est que pour toi ce film en offre une étude et apporte quelque chose aux spectateurs tandis qu'il me semble qu'il ne s'agit pas d'une analyse nouvelle . Au<br /> contraire à mes yeux, il s'agit d'une représentation largement partagée dans la société. La science est présentée comme la seule activité humaine qui permette d'approcher la vérité. C'est en ce<br /> sens que j'estime que ce film n'apporte rien d'exceptionnel, du moins dans le champ des idées.<br /> (« Deux excès: exclure la raison, n'admettre que la raison. » Blaise Pascal)<br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br /> <br />