
Ce film est vrai bonheur! C'est une "fiction documentaire" tourné clandestinement en 17 jours en Iran. Comme quoi le titre, entre chah et perse, n'était pas trompeur. Les acteurs ne sont pas professionnels et ont gardé leurs vrais noms à l'écran. La maîtrise du film, de la mise en scène et du jeu des acteurs est néanmoins au rendez-vous. Les deux jeunes gens, doués et passionnés de musique, veulent faire des concerts à l'étranger. Ce qui suppose de monter un groupe et de pouvoir sortir du pays. Dès le début, on sent bien que leur rêve sera avorté, à l'image de cette chatte enceinte qui, à la suite d'un accident, perd ses chatons mais à qui on en donne d'autres pour la consoler. Pour nos musiciens, la vie n'offrira pas de solution de remplacement. Et peut-il y avoir une vie sans projets, sans élan, sans rêves? Le rappeur de Téhéran s'efforce de nous prévenir de la fin tragique: le changement et les espoirs n'ont pas droit de cité en Iran. Peut-on le supporter lorsqu'on jeune? Comment vivre là où il n'y a pas de vie? "Ensemble ou seuls" chante Négar la jeune chanteuse. Ce ne sera finalement ni ensemble ni seuls. Ils sont beaux ces jeunes, vivants, rêveurs, dynamiques, dans cette société où tout est interdit. "Cette nuit, une femme a vu sur elle le sourire d'un étranger, elle en a gardé les yeux ouverts toute la nuit." "Cette nuit, un gamin a fumé sa première cigarette, il en a gardé les yeux ouverts toute la nuit." Tout semble alors exacerbé: l'espoir, un sourire, une nouvelle expérience, une soupe. Chaque parcelle de vie qui étincelle brûle celui qui la voit dans cette société qui éteint, enserre, amenuise l'être humain. C'est un film qui exalte la vie. Les chats persans, de Bahman Ghobadi, 2009, avec Negar Shaghaghi et et Ashkan Koshanejad.