Mes critiques de films à déguster sans satiété, quelques analyses cinématographiques plus approfondies, ainsi que d'autres gourmandises, littéraires, audio-visuelles et artistiques. Laissez vos commentaires, j'en suis friande! Merci à Vincent Mallié pour le dessin de mon avatar: http://www.vincentmallie.blogspot.com
Spoiler.
Jacques Tati revient et en pleine forme! Avec un film d'animation joli, délicat et percutant.
Son scénario est une histoire de père, de fille, d'apprentissage, de passage à l'âge adulte et de filiation: la propre fille de Jacques Tati l'a confié à Sylvain Chomet (réalisateur des Triplettes de Belleville) qui a dédié son travail à sa fille (comme rappelé hier par le réalisateur lui-même, au cours de l'avant-première à laquelle j'ai assisté au cinéma Capucines à Paris).
Notre célèbre Tati joue un magicien dont le succès n'est plus au rendez-vous sur les scènes du music-hall. L'époque, les années 1950, est au changement et les lieux d'illusions se transforment: les clowns, les marionnettes et les magiciens ont un charme désuet comparé à l'enchantement que peuvent exercer la mode, la télévision, le cinéma, le rock n'roll... Tout change et tout reste le même. La magie reste, elle ne fait que changer de décor. Les magiciens se retrouvent même à utiliser leurs pouvoirs au service de la publicité... Tati, incarné par l'Illusionniste, semble laisser derrière lui un mélange de perplexité et de désillusion face au nouveau monde qui s'annonçait.

Sur sa route, il rencontre Alice, jeune fille charmée par son talent. Elle voit en lui la possibilité de vivre dans le rêve, et non plus dans la misère. Innocente, elle confond encore illusion et réalité. Tati l'a prend sous son aile, l'habille de rêve (de robes, de toilettes, elle est très coquette) mais se désespère de ne pas la voir grandir, de ne pas la voir devenir adulte. La chevelure d'Alice s'allonge, puis elle rencontre un jeune homme au moment où Tati estime qu'il est temps pour lui de partir.
Il semble alors s'adresser à tous les marchands d'illusions, quelqu'ils soient, pour que chacun prenne conscience du rôle qu'ils se donnent et des effets qu'ils peuvent provoquer. Une belle réflexion toujours actuelle.
Le dessin, quant à lui, est tout en finesse. Il vibre d'émotions pour lui donner beaucoup de vie et un peu moins d'illusions.

L'Illusionniste, de Sylvain Chomet, 2010.