Mes critiques de films à déguster sans satiété, quelques analyses cinématographiques plus approfondies, ainsi que d'autres gourmandises, littéraires, audio-visuelles et artistiques. Laissez vos commentaires, j'en suis friande! Merci à Vincent Mallié pour le dessin de mon avatar: http://www.vincentmallie.blogspot.com
Des récitations d'école primaire (1515 Marignan, un quadrilatère a quatre côtés, etc...) qui deviennent des mots d'amour! C'est la magie du film de Joël Seria.
Mumu, c'est le surnom de "l'institutrice la plus vache du département". Dans les faits, à part quelques pétages de plomb, elle n'est pas la plus cruelle, les parents du jeune héros arrivant largement en tête. La guerre est finie mais a laissé des traces partout, des vies gâchées et des enfants non reconnus ou mal acceptés dans les familles. Mumu, c'est d'abord l'histoire tragique d'enfants que l'on n'aime tout simplement pas. Et dans les années 1950, insidieusement, on peut deviner qu'il y en a eu un certain nombre, nés pendant ou juste après la guerre.
Au premier abord, le film est déroutant: la mise en scène est bancale, presque scolaire, assez brute, le jeu des jeunes comédiens peu convaincants et la mise en route difficile. Le titre du film ne se révèle pertinent qu'à la fin: le film suit pas à pas les aventures de Roger, le jeune garçon, tandis que l'institutrice est loin d'être clairement identifiée comme "personnage sauveur", tel le Victor Novak de la série télé L'instit.
Tout en finesse et en intelligence, le film avance ses pions et déploie sa profondeur. Un peu comme dans la vie, un peu comme dans l'enfance: on ne sait pas tout, on entend des choses, on se débrouille avec ce que l'on nous dit. Sans mélo, le film est porteur d'une charge émotionnelle puissante. Mouchoirs et larmes essuyées discrètement étaient de rigueur à la fin du film à tous les rangs de la salle de ciné!
En un instant, tout se déclenche: la mayonnaise qu'on croyait ratée était là, épaisse et brillante! Un noeud a pu se faire entre les deux existences malmenées et solitaires de Roger et de Mumu. Le garçon, après une ultime et violente bêtise, affronte une nouvelle fois les injures de son père. Mumu y assiste, droite et intransigeante. Un plan, un regard vers le père, un éclair de compréhension, d'intelligence et d'humanité. Plan suivant, elle accueille Roger, lui pardonne avant d'avoir reçu ses excuses, le reçoit tout entier dans sa détresse d'enfant rejeté. Roger se précipite dans les bras de cette femme. Mumu, qui aurait dû le haïr, défigurée par la violence de l'enfant dont elle a été victime, sauve l'enfant d'une vie qu'il n'aurait "su porter". La mère n'a pas été pour Roger nourricière d'amour, le père l'a refusé comme fils: Roger s'est débattu, a lutté fort et longtemps, pour finalement trouver ce qu'il lui fallait en Mumu.
Françoise Dolto expliquait que ce que l'on ne peut recevoir d'une personne, même dans les cas les plus graves, à l'image de Roger qui ne reçoit pas d'amour de ses parents, peut être offert par une autre personne, doit être cherché auprès d'une autre personne. C'est une façon de trouver réparation.
Mumu, de Joël Seria, 2010, avec Sylvie Testud.