Mes critiques de films à déguster sans satiété, quelques analyses cinématographiques plus approfondies, ainsi que d'autres gourmandises, littéraires, audio-visuelles et artistiques. Laissez vos commentaires, j'en suis friande! Merci à Vincent Mallié pour le dessin de mon avatar: http://www.vincentmallie.blogspot.com
Critique.
Spoiler.
Voici un film divertissant et agréable qui se laisse voir avec plaisir. Nous pouvons découvrir la vie touristique des riches Américains en visite dans notre capitale, plonger dans les années 20, voire plus loin encore!
Woody Allen semble porter un véritable amour à Paris, aussi ne tombe-t-il pas dans les gros clichés, surfe sur quelques-uns et parle abondamment de ce qui le charme, avec subtilité. Dans le fantasme du héros, Paris est une fête (et selon le livre d'Hemingway) et tous les artistes se rencontrent après minuit dans les cafés, chez les uns ou chez les autres. Mêlant une certaine authenticité et une intrusion anachronique, Woody Allen laisse son personnage, Gil, savourer son privilège sans trop se poser de questions. Au contraire de sa fiancé et de la famille de celle-ci qui s'inquiètent de plus en plus; un détective privé sera engagé et l'on se délecte de quelques plans avec Gad Elmaleh! Et bien sûr de Carla Bruni qui fait de courtes apparitions, avec élégance et simplicité.
Gil ne perd pas pied, ni son temps: il repart avec une belle leçon (et Léa Seydoux). Au contact d'Adrienne, muse de nombreux artistes, que Gil rencontre dans "son âge d'Or", les années 20 à Paris, cet âge des possibles, où tout semble si merveilleux comparé au présent, elle lui confie que son propre rêve, c'est la Belle Epoque, où ils seront invités ensemble à profiter d'une soirée. Rencontrant alors Lautrec, Degas et Gauguin, ces derniers leur confient leur préférence pour une vie à la Renaissance (pourquoi si loin? J'aurais dit en période romantique, période où l'on m'aurait évidemment répondu que l'épopée Napoléonnienne ne pouvait se manquer pour aucune raison! Bref....). Sans réussir à convaincre Adrienne de revenir dans sa propre époque, en lui faisant comprendre que "l'âge d'Or" n'est qu'une fuite du présent, une fuite sans fin si elle-même ne choisit pas d'ouvrir les yeux, Gil repart en 2010 et reprend pied dans le présent, en prenant courageusement les décisions qui depuis le début n'attendaient que d'être prises.
Entre temps, il aura osé confier son roman à une certaine Gertrude Stein, mécène et conseillère artistique, qui, bien que surprise par le côté science-fiction d'un roman écrit quasiment un siècle plus tard, lui remet les idées en place. Un artiste, même apeuré par la mort, ne doit pas être désespéré: assez de cette fuite dans le passé, ose vivre complètement et avec courage, semble-t-elle lui souffler. Hemingway, personnage fascinant et attachant dans le film, ne s'y était pas trompé: un écrivain est un homme courageux, ou une femme courageuse. Il ne doit pas avoir peur, il doit aller dans la lutte.
Merci Woody pour ce film qui encourage les artistes et tous ceux qui regardent vers l'avenir malgré leur peur, malgré leur âge.
Enfin, une dernière petite remarque avec cette pique de Gil contre le cinéma hollywoodien, contre ces films qu'on oublie aussitôt qu'ils sont vus. Espérons que celui-ci restera sur mes rétines suffisamment longtemps...
Réalisé par Woody Allen, avec Owen Wilson, Rachel McAdams, Marion Cotillard..., 2011.