
Dessine-moi la mer, demande un petit garçon blond...
Océans est une plongée dans l'immensité, dans un univers qui nous est presque aussi inconnu et non familier que l'espace: les découvertes à y faire sont encore énormes. Ce que l'on connaît déjà représente si peu: si les scènes offertes sont parfois du déjà-vu, d'autres sont surprenantes. Avec une constante: la vie montrée dans sa beauté et sa cruauté.
Spectacle de dentelles, de robes, de rubans, de masques, d'iris colorés, de ballets, d' acrobaties, poissons-danseuses-étoiles, étoile de mer sur mille mini pattes pour les filles; batailles, luttes inégales, et oiseaux-torpilles pour les garçons; scènes d'entraide entre poissons-dentistes et gros mammifères et enfin spectacle de l'Homme qui perturbe par ses pêches insensées, sauvages et cruelles, la pollution extra-océanique...
L'harmonie entre l'homme et la nature est montrée notamment au cours d'une scène de nage commune entre un plongeur et un requin: les animaux ne parleront pas, ne se révolteront pas, nous seuls pouvons le faire. Le regard envoutant d'une loutre qui disparaît peu à peu dans l'ombre de l'onde, en fin de film, se veut bouleversant. Certes, il n'y a pas de culpabilisation excessive, le documentaire cherche avec beaucoup de diplomatie à nous alerter: Jacques Perrin visite ainsi avec son petit fils, ce petit garçon blond qui veut savoir, un hall immense où sont épinglés, tel des papillons, les espèces disparus ou en voie de disparition. Tous ces animaux vont dans une même direction, imperturbable, tandis que les deux personnages semblent remonter le cours du temps. Sommes-nous dans un futur proche ou déjà dans le présent au cours de cette scène? La visite se termine devant un aquarium gigantesque où l'on imagine vouloir maintenir vivant un peu de la diversité que le film nous a montré. Pourrons-nous vivre dans un monde artificiel? L'homme doit-il continuer sur sa volonté de maîtrise du monde pour y survivre ou apprendre à y vivre en son sein? Car, une chose est certaine: la nature, la planète, n'ont pas besoin de l'homme pour continuer ses millénaires d'existence.
Une seule alerte sur ce documentaire: les expressions utilisées telles que "sanctuaire blanc" ou "territoire vierge" doivent nous alerter la possibilité de faire de l'écologie un nouvel ordre sacré, au détriment du libre-arbitre et de la démocratie. Ceci n'est pas une exagération: Hans Jonas, auteur du Principe de la responsabilité (1979), estimait déjà qu'une dictature pouvait être nécessaire si c'était le seul moyen pour sauver l'humanité (une citation très prochainement pour étayer ce propos).
« L'homme est le seul être connu de nous qui puisse avoir une responsabilité », Hans Jonas.
Enfin, notons que Fondation Total et EDF ont participé à la production de ce film. Je reparlerai de la pertinence de leur présence dans un très prochain post.